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Opaque comme le brut : Perenco fait main-basse sur le pétrole gabonais
Publié le lundi 10 aout 2020  |  Gabon Review
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© Autre presse par DR
Siège de la compagnie pétrolière Perenco à Port-Gentil
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Trois ans après la cession de plusieurs champs onshore, le géant français Total, acteur historique au Gabon, accélère son désengagement du pays avec la revente à la junior pétrolière franco-britannique Perenco de plusieurs gisements, assortis du terminal d’exportation du Cap Lopez. Alors que Total cherche depuis quelques années à quitter le Gabon par tous les moyens, Perenco affiche quant à elle la ferme intention d’asseoir sa position dominante dans le pays. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le Gabon.

Ce qui importe ici ce n’est pas tant le départ d’un partenaire international de poids, qui vient rappeler la lente dégradation du climat des affaires dans le pays, mais l’irrésistible ascension d’un opérateur dont les pratiques soulèvent des questions troublantes dans de nombreux autres pays, notamment en Afrique centrale et en Amérique latine. Pratiques qui ont récemment déclenché une enquête aux États-Unis pour une affaire de blanchiment au Venezuela en lien avec le régime de Nicolás Maduro, et des plaintes de plusieurs ONG, notamment en RDC, mais aussi au Congo-Brazzaville, sur des scandales de pollution ou de gouvernance.

En Afrique, par exemple, selon les informations de la Lettre du Continent, Perenco est parvenue à doubler tous ses concurrents pour le rachat en avril 2020, à un prix dérisoire (près de six fois inférieur à celui demandé au départ par le gouvernement congolais), des gisements de Kombi, Likalala et Libondo II, en s’appuyant sur Denis Gokana, un homme d’affaires proche du président Sassou. Pas besoin d’avoir beaucoup d’imagination pour comprendre les dessous de cette transaction. En Afrique centrale de façon générale, Perenco est en passe d’acquérir une situation dominante : unique opérateur en RDC, numéro 1 au Cameroun et au Gabon, il est de plus en plus incontournable au Congo-Brazzaville.

Le Gabon n’est hélas pas épargné. Perenco est nommée dans plusieurs enquêtes journalistiques pour ses liens avec le clan Bongo, notamment autour de l’affaire, dévoilée en avril par Africa Confidential, de l’Hôtel du Collectionneur, un palace parisien vite renommé “Hôtel Perenco” par l’opinion publique gabonaise. Ce dernier serait l’une des pièces maîtresses d’un circuit de blanchiment au profit de la caste dirigeante gabonaise. Partout où Perenco signe des contrats trop juteux pour être honnêtes, on retrouve le spécialiste des affaires louches, Denis Chatelan, directeur commercial de la société. Réputé proche du précédent directeur de cabinet et bras droit d’Ali Bongo, Maixent Accrombessi, il a su survivre en se rendant indispensable auprès de l’administration gabonaise, au gré des – nombreux – changements de personnel au sommet de l’État.

La transaction entre Total et Perenco est passée quasi-inaperçue dans les médias, bien qu’elle soulève de vives inquiétudes chez plusieurs observateurs de la vie des affaires gabonaises. En effet, ce n’est pas tant le montant de la production des champs cédés (assez faible avec 8000 barils/jour affichés) qui inquiète, que la cession d’un actif stratégique pour le pays, le terminal du Cap Lopez par lequel transitent un tiers des exportations de brut du pays.

En mettant la main sur le Cap Lopez, Perenco s’est octroyée le contrôle de la principale infrastructure génératrice de devises du pays. Il est à craindre que ce levier d’influence extrêmement puissant ne soit mis à profit pour servir les seuls intérêts de Perenco et de ses soutiens politiques au Gabon. C’est aussi une source d’inquiétudes pour les autres opérateurs pétroliers actifs dans le pays qui vont dépendre de ce concurrent peu scrupuleux pour exporter leur propre production.

Il ne fait aucun doute que la transaction a été approuvée au plus haut niveau de l’État à l’occasion de l’audience présidentielle accordée fin juillet à Nicolas Terraz, le Monsieur Afrique de Total. Ce qui n’est pas connu, et qui risque malheureusement de le rester, c’est le contenu des tractations qui ont eu lieu en amont de l’annonce, que ce soit entre Total et Perenco, bien sûr, mais aussi entre Perenco et l’État gabonais.

Le timing de la cession a aussi de quoi inquiéter. On sait que Total cherche à partir, mais les ennuis judiciaires de la turbulente junior pétrolière auraient dû alerter les décideurs de la major française. La transaction, négociée en pleine pandémie, annoncée au mois d’août, était conçue pour ne pas faire de bruit. Et pour cause, en procédant à cette revente, Total prend un risque, notamment en matière de conformité avec les lois des pays où il opère et des Bourses où il est coté, que ce soit en France, aux États-Unis ou même au Royaume-Uni. Une due diligence menée dans les règles de l’art aurait dû déboucher sur une impossibilité de cession étant donné les nombreux soupçons et instructions qui menacent Perenco. Mais l’envie de quitter le pays, dans le climat actuel, s’est montrée plus forte que les bonnes pratiques selon lesquelles Total prétend opérer.

Les Gabonais n’ont évidemment pas été consultés, mais se doutent bien que cette transaction ne tient pas compte des intérêts à long terme du pays, mais plutôt des intérêts à court terme de la caste dirigeante gabonaise – un groupe d’individus de plus en plus indistinct et confus depuis l’AVC du président – ainsi que de ceux de Perenco et de ses propriétaires, la famille Perrodo.
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