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Gabon-Turquie : Le tendre regard de l’ambassadrice Nur Sağman
Publié le lundi 21 octobre 2019  |  Gabon Review
L’ambassadeur
© Gabon Review par DR
L’ambassadeur de la Turquie, Nur Sağman, pendant son entretien avec la presse, le 18 octobre 2019
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La coopération entre Libreville et Ankara est excellente, mais mérite d’être approfondie, selon l’ambassadrice turque. Dans cette interview accordée à Gabonreview, le 18 octobre, Nur Sağman fait le point sur les relations entre les deux pays et, actualité oblige, justifie l’opération Source de paix que mène son pays à la frontière syrienne. Pour elle, «c’est une opération contre la terreur».

Gabonreview : Nous sommes à quelques jours de la célébration du 86e anniversaire de l’indépendance de la Turquie, le 29 octobre prochain. Comment se portent les relations entre la Turquie et le Gabon ?

Nur Sağman : Merci pour cette opportunité qui nous permet de parler de notre coopération bilatérale et de la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment. Je pourrais dire que la République gabonaise occupe vraiment une place privilégiée dans la politique africaine de la Turquie. C’est un important partenaire pour un échange mutuel d’expertise et avec qui nous partageons notre expérience en termes de développement et de prospérité. Il y a eu beaucoup de visites de haut niveau ces dernières années et cela a énormément contribué au rapprochement entre la Turquie et le Gabon. Vous savez surement que les deux présidents sont de véritables amis, sincères. Il y a eu par exemple la visite d’Etat de la partie turque au Gabon en 2011, suivie en 2013 de celle du Premier ministre turc de l’époque qui est maintenant notre président, Recep Tayyip Erdoğan.

Son Excellence, Monsieur Ali Bongo Ondimba, a effectué deux visites en Turquie en 2012 et 2015. Et récemment en juillet, il est reparti pour l’investiture de son homologue turc. Tout ceci représente des indicateurs concrets dans le cadre du développement de nos relations. Parce qu’une fois que les chefs d’État ont cette relation, on ne peut que les suivre. Notre ambassade a été ouverte en 2012. Je suis ambassadeur, mais chargé d’Affaires. Le 4e Ambassadeur viendra bientôt. Il vient d’avoir son agrément. Je tiens à remercier, par l’occasion, les autorités gabonaises, en particulier, le ministre des Affaires étrangères, Alain-Claude Bilie-By-Nze.

Il m’a ouvert les portes depuis que je suis là. Je suis ici depuis 2 mois et demi et cela m’a permis de booster les relations déjà excellentes qui existent entre nos deux pays. Toutefois, je peux dire que le potentiel n’est toujours pas véritablement exploité. On peut faire plus et on doit le faire. Je suis sûr que ma collègue qui vient fera de même et on pourra être digne de l’amitié de nos chefs d’État.

On a cependant Turkish Airlines qui fait un vol tous les jours sur la destination Gabon. Il y a trois vols directs par semaine et les autres passent par Pointe-Noire et Kinshasa. C’est énorme parce que je sais qu’il y a beaucoup de Gabonais qui utilisent la Turkish Air Lines, et ils sont satisfaits. D’autre part, il y a les écoles turco-gabonaises. Elles ont beaucoup de succès. Je pense que c’est une grande réussite. Je souhaite encore une fois de plus remercier les autorités gabonaises pour leur soutien.

Nous avons eu une tentative de coup d’État, le 15 juillet 2016. Il y avait des écoles turques qui faisaient partie d’un groupe terroriste qu’on appelle Fethullah Gülen et le Gabon a été l’un des premiers pays qui nous a accompagnés dans cette lutte contre le terrorisme. C’est pour cela que nous attendons le même soutien en ce qui concerne l’actualité.

Et les relations entre la Turquie et le reste du Continent ?

L’Afrique est un continent très important pour la Turquie et c’est un point très fort de la politique étrangère de notre pays. Nous avons un processus d’ouverture envers l’Afrique et je pense qu’on pourrait dire que c’est un vrai succès. Il y a de nombreux domaines : le commerce, le mécanisme de dialogue, les activités de formation, les investissements économiques. Pour vous donner une idée générale de cette politique africaine, aujourd’hui, on a 41 ambassades actives en Afrique. On n’en avait que 12 au début du 21e siècle. Bientôt, nous espérons que nous aurons une cinquantaine et évidemment, nous pensons avoir une ambassade dans tous les pays de l’Afrique. Tout cela pour vous montrer combien l’Afrique est importante pour nous.

Quel est l’objectif de l’opération «Source de paix» que mène la Turquie en Syrie?

Merci de me permettre d’expliquer parce que je souhaite que le public gabonais puisse aussi connaitre notre point de vue. Ce que je dois d’abord dire est que la Turquie est fermement engagée dans la lutte contre le terrorisme en provenance de la Syrie. Nous avons toujours contribué aux efforts de lutte contre le terrorisme dans ce pays. Il ne faut pas oublier que la Turquie est un membre engagé de la Coalition mondiale contre Daech. Mais la Turquie est le seul pays à mener un combat, on peut dire poitrine contre poitrine, contre Daech. Nous avons déjà mené deux grandes opérations antiterroristes : le Bouclier de l’Euphrate et le Rameau d’Olivier, avant cette opération Source de paix.

Ces opérations ont eu lieu dans le nord-ouest de la Syrie. Il faut savoir que la menace du terrorisme qui provient de la Syrie et qui vise nos frontières n’est pas limitée à Daech. C’est ce qui est important. Or, au cours de ces deux dernières années, en particulier depuis l’est de l’Euphrate, nous avons été exposés à plus d’une centaine d’attaques ou d’actes hostiles de la part du PYD/YPG, la branche syrienne du PKK qui est désigné par l’Union européenne, par l’Organisation du traité nord-atlantique (OTAN) comme un groupe terroriste. C’est ce que la communauté oublie parfois. C’est le même groupe terroriste, mais nommé autrement.

Une partie de l’Europe et les Américains estiment que cette «guerre contre les Kurdes» affaiblit le combat contre Daech.

Vous dites guerre contre les Kurdes. Non, ce ne sont pas les Kurdes. On vit avec les Kurdes. C’est le groupe terroriste PKK. Il faut faire la différence. C’est le gros problème qu’il y a en ce moment. Il faut savoir que ce groupe PYD/YPG a lui-même perpétré les attentats terroristes en Syrie et contre des Syriens. Le nord-ouest de la Syrie est vraiment un exemple précis pour cela. Il y a eu plus de 200 cas d’attaques et de meurtres. Il ne faut donc pas penser qu’ils sont en train de protéger qui que ce soit contre Daech. Ils ont d’ailleurs revendiqué les attentats.

Je répète que l’opération qu’on mène n’a rien à voir avec les Kurdes. C’est une opération contre la terreur. Nous essayons de l’expliquer à nos alliés, nos attentes et nos sensibilités concernant ces groupes terroristes. On en a parlé aussi avec les États-Unis et on a décidé de créer une zone de sécurité qui est restée sans résultats. Il y a plutôt eu des promesses sans suite. On ne pouvait donc pas tolérer d’avoir à nos frontières un groupe terroriste. Je suis sûr que vous-même n’auriez jamais accepté d’avoir un tel groupe à vos frontières. C’est pourquoi nous avons lancé cette opération Source de paix.

Votre pays a un lien particulier avec l’humanitaire au regard du nombre de réfugiés sur le sol turc. Pourtant, ceux qui pourfendent cette opération parlent de «désastre humanitaire».

Cela ne reflète pas la réalité. Au contraire ! Je tiens à vous dire que l’opération qui est menée l’est sur la base du droit international. C’est important ! Elle est menée conformément au droit de légitime défense consacrée par l’article 51 de la Charte des Nations unies et les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Dans ce cas, ce sont les véhicules et les équipements des terroristes qui sont ciblés. On est vraiment consterné de voir que cette opération militaire est présentée comme une attaque contre les Kurdes qui affaiblit la lutte contre les restes de Daech et qui nuit à la crédibilité des États-Unis. On se sent contraint de rétablir les faits parce qu’il y a une alliance de 67 ans entre la Turquie et les États-Unis au sein de l’OTAN. Ce n’est ni temporaire ni tactique. On a lancé cette opération afin d’assurer la sécurité nationale parce qu’on veut éliminer le danger créé par les terroristes le long de notre frontière.

Cette opération va également permettre aux Syriens de rentrer chez eux. On espère avoir un corridor sans terroristes pour que les gens puissent revenir chez eux. On a plus de 3,5 millions de réfugiés syriens vivant en Turquie. Nous sommes le pays qui a le plus de réfugiés au monde. Ils vivent dans de très bonnes conditions. Nous ne comprenons donc pas pourquoi cette lutte contre la terreur est considérée comme une lutte contre les Kurdes. Cela n’a absolument rien à voir.

Pourquoi ce cessez-le-feu ?

Ce n’est pas un cessez-le-feu. Nous avons en fait suspendu l’opération pour 5 jours. Il y a eu une visite de la partie américaine en Turquie, le 17 octobre. Elle a eu une audience avec le président Reccep Tayyip Erdogan. C’est là qu’il y a eu cette entente. L’opération est suspendue pour 5 jours. Qu’attendons-nous ? On attend que le PYD se retire de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Les soldats sont toujours là-bas. La Turquie travaille avec les États-Unis en coordination en ce qui concerne la lutte contre Daech. Notre objectif en général est absolument d’assurer qu’il n’y ait plus de terroristes dans une zone de 30 kilomètres de profondeur allant de l’est de l’Euphrate jusqu’à la frontière iraquienne et d’établir une zone de sécurité dans toute cette région. C’est cela le but.

La délégation américaine conduite par le Vice-président Mike Pence a bien compris la situation. C’est pour cela qu’il a dit que les États-Unis assureront la sécurité dans ce laps de temps dans la zone de sécurité. Je tiens à rappeler que cette lutte est contre le terrorisme, que nous travaillons pour la Syrie, pour que les Syriens puissent rentrer chez eux. Bien sûr, nous travaillons aussi pour le bien-être de notre pays, pour sa sécurité.
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