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Gabon : une télévision française et un journal local sanctionnés pour des enquêtes sur le président Bongo et son entourage
Publié le jeudi 23 aout 2018  |  Reporters sans frontières
Ali
© Présidence par DR
Ali Bongo Ondimba a présidé l’ouverture du dialogue national
Mardi 28 mars 2017. Libreville. Le chef de l’Etat gabonais, Ali Bongo Ondimba a présidé mardi, la cérémonie d’ouverture des travaux du dialogue national inclusif dans son palais en présence du corps diplomatie et d’environ 300 invités dont son épouse Sylvia Bongo Ondimba.
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Reporters sans frontières (RSF) condamne sans réserve la suspension de la chaîne France 2 et d’un tri-hebdomadaire gabonais par la Haute autorité de la communication (HAC). Des décisions qui témoignent de la préoccupation de l’organe de régulation à protéger les intérêts du pouvoir plutôt qu’à défendre la liberté de la presse.

Reportage critique, suspension automatique. L’organe de régulation gabonais vient de sanctionner des médias qui ont en commun d’avoir récemment enquêté sur le président gabonais Ali Bongo ou ses proches. Pour avoir diffusé un documentaire qualifié de “subversif” et “de nature à troubler l’ordre public”, la HAC a ainsi décidé mercredi 22 août de suspendre la diffusion des programmes de France 2 sur tous les bouquets satellites disponibles au Gabon pendant un an.

L’émission Complément d’enquête sur France 2 avait rediffusé jeudi 16 août, veille de la fête nationale du Gabon, un documentaire intitulé “Le clan Bongo, une histoire française”. Ce magazine de 52 minutes révèle notamment, témoignages et documents à l’appui, comment la famille Bongo s’est enrichie grâce aux revenus des compagnies pétrolières françaises Elf Aquitaine et Total.

La HAC a également suspendu pour un mois le tri-hebdomadaire gabonais Echos du Nord, l’accusant de ne pas avoir répondu à une convocation. Le régulateur souhaitait entendre les responsables du journal à propos d’un article qui révélait l’achat par le vice-président du pays d’une voiture de luxe. Une acquisition que l’intéressé a depuis reconnu publiquement.

“La HAC se trompe de combat et se discrédite, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. En suspendant des médias qui enquêtent sur des sujets d’intérêt général, elle se pose en défenseur des intérêts du régime au lieu de défendre la liberté de la presse garantie par la constitution. C’est un signal inquiétant envoyé aux journalistes qui souhaitent mener des investigations sur les plus hauts responsables politiques du pays.”

Six mois après sa création, le nouveau régulateur gabonais a déjà suspendu cinq médias dont plusieurs de manière arbitraire. En juin, RSF avait dénoncé la suspension pour un mois de la chaîne de télévision Média+ pour le simple fait d’avoir refusé d’ouvrir ses locaux aux agents de la HAC. La sanction avait finalement été levée quelques jours plus tard. Le 9 août, le journal La Loupe a également été suspendu pour un mois pour des propos jugés “contraires à la déontologie et à l’éthique” visant des proches du régime. L’organisation patronale des médias (OPAM) avait dénoncé une “logique de père fouettard”. RSF avait estimé cette mesure conservatoire “disproportionnée”.

La HAC est un autorité administrative indépendante créée par ordonnance le 23 février 2018 en remplacement du Conseil national de la communication (CNC) qui avait le statut d’organe constitutionnel. Elle est composée de neuf membres dont sept sont nommés par le pouvoir. Son président, Raphaël Ntoutoume Nkoghe est l’ancien conseiller en communication d’Ali Bongo. Sur les réseaux sociaux, il continue à s’afficher aux côtés du chef de l’Etat.

Le Gabon occupe la 108e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018 établi par RSF.

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