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Laurence Ndong : «Les Gabonais ont leur Duvalier en la personne d’Ali Bongo»
Publié le lundi 13 mars 2017  |  Gabon Review
Conférence
© Autre presse par DR
Conférence sur «L’engagement des femmes immigrées»
Photo: Laurence Ndong, remettant le rapport de Dr Mbot à Michaëlle Jean, le 8 mars 2017 à Bruxelles.
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Profitant de sa présence à Bruxelles, le 8 mars, dans le cadre d’une conférence sur «L’engagement des femmes immigrées», Laurence Ndong a remis à Michaëlle Jean, la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), un exemplaire du rapport du Dr Sylvie Nkoghe Mbot sur les victimes de la répression de la contestation de la réélection d’Ali Bongo le 31 août 2016. Perçue comme l’une des principales actrices du combat pour l’alternance au Gabon dans la diaspora, l’auteure de «Gabon, Pourquoi j’accuse…» réaffirme à Gabonreview sa détermination, non sans moquer la tenue prochaine du dialogue politique national appelé par le président de la République, une sorte de «Duvalier» (héritier d’une dynastie) selon elle.

Gabonreview : Dans quel cadre s’inscrit votre présence à Bruxelles le 8 mars 2017 ?

Laurence Ndong : Le 8 mars, la communauté internationale célèbre la Journée internationale des droits des femmes. Ce jour est l’occasion de faire le point sur la condition féminine dans le Monde. Mme Cécile Kashetu Kyenge, eurodéputée italienne, originaire de la République démocratique du Congo a organisé une conférence dénommée «Diaspora au féminin», avec comme thème «L’engagement des femmes immigrées». Il s’agissait dans un premier temps de faire le point de la situation des femmes immigrées en Europe, d’identifier les difficultés auxquelles elles sont confrontées, afin de donner des pistes d’actions et de réflexion au Parlement européen et à l’Organisation internationale de la Francophonie.

Les femmes ont soulevé, entre autres, les difficultés liées à l’afrophobie qui est quasi permanente en Europe et représente un frein réel à l’intégration, le problème d’identité lié à une mauvaise présentation de l’Afrique dans les différents systèmes éducatifs. Elles ont souligné la nécessité d’aider les jeunes à s’approprier la vraie histoire de l’Afrique et pas celle qui se limite à l’histoire de la colonisation.

Les intervenantes à la conférence, Mmes Isabelle Kibassa-Maliba, députée provinciale belge et Taila Kindi et moi-même avons partagé nos expériences respectives. La rencontre était modérée par Mme Rokhaya Diallo, auteure, réalisatrice, journaliste.

Qu’est-ce que cette invitation vous a permis d’apporter à la lutte que vous menez depuis des mois ?

Ma participation à cette conférence a été l’occasion une fois de plus de dénoncer le déni de démocratie que connaît, pas seulement, le Gabon mon pays d’origine, mais aussi plusieurs autres pays d’Afrique. En sachant que l’Afrique Centrale est aujourd’hui la tour forte des dictatures.

La question de l’immigration préoccupe énormément les européens qui parlent «d’immigration choisie». Il s’agit pour eux de choisir qui ils accueillent. Je leur ai simplement rappelé que l’immigration doit d’abord être un choix pour ceux qui partent de leur pays. Tous ceux qui décident de partir, ne le font par choix. Ils ne choisissent pas de partir, ils décident de partir. Quand partir devient la seule alternative pour espérer des jours meilleurs, il ne s’agit plus d’un choix, mais d’une nécessité. Les dictatures qui sévissent en Afrique font que cette nécessité devient vitale.

L’Afrique qui est l’avenir du monde, souffre surtout aujourd’hui de la mal gouvernance, de déni de démocratie qui engendre des parodies d’élections avec des massacres de populations pour que se maintiennent au pouvoir des dirigeants dont le seul but est l’enrichissement illicite, au détriment de leurs peuples bien-sûr. Lutter contre l’immigration revient à permettre aux africains de vivre bien chez eux et dans tous les sens du terme.

Le fait de vivre dans un pays où la liberté d’expression est effective me permet de parler de ce qui se passe dans mon pays le Gabon, en particulier et dans l’Afrique en général.

Tant que l’Afrique sera un continent en marge de ce qui est la norme, en termes de respect des populations et des libertés fondamentales, les africains seront toujours l’objet de mépris et ce indépendamment de leurs qualités individuelles.

Si l’on veut régler la question de l’immigration, il faut s’attaquer aux vraies causes, à savoir les conditions de vie exécrables, les privations des libertés, en un mot, mettre fin aux dictatures. Sinon, les jeunes continueront de choisir de mourir, plein d’espoir en mer plutôt que de mourir, pauvres, sans espoir près de leur mère.

Parler de ces questions au sein du Parlement européen était évidemment une reconnaissance du bien fondé de notre combat et de nos actions. Je remercie Mme Cécile Kashetu Kyenge pour cette occasion offerte.

Avez-vous rencontré Michaëlle Jean, la SG de l’OIF, au terme de la conférence ? Si oui, quel a été le sujet de vos échanges ?

Le Programme de Mme Michaëlle Jean est très chargé. Elle n’a passé que 45 minutes avec nous. Nous avons pu échanger quelques minutes à la fin de la conférence. J’en ai profité pour lui remettre un exemplaire du rapport que le Dr Sylvie Nkoghe Mbot a établi sur les victimes des massacres perpétrés par Ali Bongo Ondimba, pour se maintenir au pouvoir lors de son coup d’état militaro électoral du mois d’août dernier, ainsi qu’une copie de mon livre «Gabon, Pourquoi j’accuse…».

Mme Jean est d’origine haïtienne. Elle a immigré au Canada avec sa famille qui a fui la dictature de M. Duvalier, surnommé «Papa Doc». Elle en parle encore avec une certaine émotion et lorsqu’elle prononce le nom de cet homme, on ressent tout le mal qu’elle pense de lui. J’ai voulu, en lui remettant ce rapport, d’abord mettre en avant le travail et le courage d’une femme, le Dr. Sylvie Nkoghe Mbot, mais aussi amener Mme Jean à constater que les gabonaises et les gabonais ont leur «Duvalier» en la personne d’Ali Bongo Ondimba, qu’elle a félicité pour son maintien au pouvoir par la force et pour l’organisation d’une deuxième Coupe d’Afrique des Nations au détriment de conditions de vie des populations.

Il y a des positions que l’histoire nous contraints d’adopter, des actes qu’elle nous oblige à poser, surtout lorsque des vies humaines sont en jeu. Sinon, on est simplement complice d’actes barbares qui ôtent toute humanité à ceux qui les commettent et à leurs soutiens.

Selon vous, où en est le rapport de l’OIF sur la présidentielle au Gabon ? La manifestation des Gabonais devant le siège de l’Organisation a-t-elle permis d’enregistrer quelques avancées ?

Comment pourrai-je vous dire où se trouve le rapport de la mission des observateurs de l’élection présidentielle d’août dernier mandaté par l’OIF ? On pourrait supputer plusieurs choses à son sujet, mais seule les responsables de l’OIF, en tête desquels Mme Michaëlle Jean, peuvent nous dire où est ce rapport et pourquoi il n’a toujours pas été publié près de 7 mois après la tenue de cette élection présidentielle. Y aurait-il une relation entre la non publication de ce rapport et l’attitude complaisante de Mme Jean vis-à-vis d’Ali Bongo Ondimba ?

Mon agenda ne m’a pas permis de prendre part à la manifestation des gabonais devant le siège de l’OIF à Paris, je ne pourrai pas en parler. Cependant, après la lettre ouverte signée par Messieurs Marc Ona Essangui et Laurent Duarte de la coalition internationale «Tournons La Page», cette manifestation a eu au moins comme avantage de montrer à Mme Michaëlle Jean que les gabonais ne lâchent pas l’affaire, ils attendent ce rapport et ne sont pas du tout contents de l’attitude de l’OIF par rapport à la crise que vit le pays.

Je constate quand même que l’OIF est souvent muette sur les questions relatives au déni de démocratie et aux violations des libertés fondamentales en Afrique. Or, de par son histoire, l’arrivée de Mme Jean à la tête de cette organisation a suscité beaucoup d’espoir. Car, ayant fui une dictature avec ses parents, les peuples qui en sont victimes attendaient qu’elle soit l’un de leurs principaux porte-voix.

Au Gabon, on s’approche de la tenue du dialogue politique appelé par Ali Bongo, que l’ONU, prétend le gouvernement, encourage. Ne regrettez-vous pas votre position actuelle ?

Ceux qui encouragent les gabonais à aller au dialogue avec Ali bongo Ondimba misent sur le fait que la forfaiture a été acceptée, le coup d’état militaro-électoral entériné et donc il faut passer à autre chose. Ils prennent les gabonais pour des pleutres qui ne résisteront pas pendant bien longtemps. C’est d’ailleurs ce qu’Ali Bongo Ondimba leur a vendu. Il leur a dit qu’après son coup de force, les choses allaient très vite se calmer. Après avoir répandu la terreur en assassinant quelques centaines de gabonais, les autres allaient se terrer comme des rats et lui obéir au doigt et à l’œil. Non, il y a désormais un avait et un après 31 août 2016. Justement, la grossièreté de la forfaiture, le nombre important des massacres et la planification de ces derniers sont aussi les éléments forts qui amènent les gabonais, conscients des enjeux, à refuser catégoriquement ce dialogue, sans omettre la «kleptocratie» et l’incompétence notoire qui caractérisent ce régime.

C’est à nous, gabonaises et gabonais, de faire comprendre à l’ONU que nous n’irons pas à ce dialogue. On ne dialogue pas avec quelqu’un qui ne respecte pas vos votes, qui pour cela vous tue, fait enlever les corps et pour continuer de vous voler et de vous maltraiter vous demande de venir le légitimer en vous asseyant avec lui autour d’une table. Même eux-mêmes ne peuvent l’accepter, alors, nous non plus.

Que dites-vous des structures telles que la Cappo, les Femmes commandos, et d’autres de la diaspora, qui appellent l’opposition gabonaise dite «radicale» à prendre part au dialogue, tout en émettant des réserves quant la suite de ces assises ?

Je ne connais pas personnellement ces deux organisations, et même si je les connaissais, il ne me revient pas de les juger. Par contre, on peut se demander à quoi sert-il d’aller à des assises si on émet des réserves par rapport à leurs suites, d’une part. D’autre part, pour les raisons que je viens d’évoquer, je suis convaincue que le dialogue d’Ali Bongo Ondimba n’est qu’une supercherie de plus et qu’il n’y a aucune raison valable qui peut pousser un gabonais sérieux, aimant son pays à y prendre part.

Quel est votre regard sur la crise actuelle de l’éducation au Gabon. Pensez-vous qu’on en sortira ?

Cela fait des décennies que l’Ecole agonise au Gabon. Jusqu’ici, elle a fonctionné sous «respiration assistée» grâce aux efforts des personnels enseignants, des élèves et de leurs parents. Le pouvoir en place n’a jamais rien fait pour que les vrais problèmes trouvent de vraies solutions. A un moment donné, il faut arrêter la mascarade parce que dans tous les cas, l’école au rabais, dans des conditions exécrables, ce n’est pas de l’école non plus.

J’encourage les enseignants à poursuivre leur lutte pour une «vraie» école au Gabon. Puisse les parents d’élèves les rejoindre et les soutenir dans cette lutte, les élèves également. Le régime de boa considère comme une faiblesse d’accéder aux revendications justes des enseignants. Il préfère aller en «guerre» contre eux puisque de toute façon, il ne sait faire que dans la répression. Il va apprendre que la répression ne construit pas un pays parce qu’à force, plus personne n’a peur.
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