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Présidentielle 2023 / Course à l’équipement militaire : Plutôt l’assentiment du peuple
Publié le jeudi 6 octobre 2022  |  Gabon Review
Gabon
© Autre presse par DR
Gabon : des véhicules blindés pour le 5è client en armes de la France
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Du bilan de la répression au score et taux de participation fantaisistes enregistrés dans le Haut-Ogooué en passant par l’annulation de 21 bureaux de vote dans le 2ème arrondissement de Libreville, le refus d’y ordonner la reprise des opérations électorales ou le traitement d’une spécieuse demande reconventionnelle, rien ne semble avoir échappé à la France.

«On peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus», aimait à dire Omar Bongo Ondimba, paraphrasant Talleyrand. Autrement dit, on ne peut fonder un pouvoir sur la force. Si une telle éventualité peut advenir, elle ne devient pas pérenne pour autant, le consentement populaire étant le seul gage de durabilité. Le régime serait-il en passe de le découvrir malgré lui ? Voire… Selon notre confrère Africa intelligence, la France aurait bloqué la livraison de quatre véhicules blindés destinés à la Garde républicaine (GR). Raison invoquée ? Echaudé par l’expérience du passé, le Quai d’Orsay redouterait un remake d’épisodes de triste mémoire durant la présidentielle de 2023. En clair, la diplomatie française n’aimerait pas voir ce matériel servir à la répression, en cas de contestation des résultats. A moins d’une année de l’échéance, cette appréhension en dit long sur la réputation de nos institutions.

Déficit de légitimité

Pourtant, depuis de trop longs mois, les forces sociales n’ont eu de cesse d’inviter le pouvoir à engager des réformes juridiques et institutionnelles au lieu de miser sur le tout-répressif. «À (la majorité) de faire la démonstration de son adhésion à un principe essentiel en démocratie : l’alternance par les voies des urne», indiquions-nous lors du 6ème anniversaire de l’assaut contre le quartier général de Jean Ping. «Sauf s’il ne voit aucun inconvénient à rejouer le vaudeville d’août 2016 (…) l’exécutif doit se mettre au service de la nation (…) Et cela passe par des mesures concrètes, entre autres (…) l’audit du fichier électoral, la reconnaissance légale de l’observation électorale et le renforcement de l’indépendance du CGE…», précisions-nous, au lendemain de l’audience accordée par le ministre de l’Intérieur aux signataires du Mémorandum sur la transparence électorale.

Même si un retournement de situation n’est pas à exclure, la France semble être parvenue au même constat. Peu importe la suite, elle a implicitement dénoncé l’immixtion de l’armée dans le processus électoral, pointant le déficit de légitimité du président de la République. De façon tacite, elle a reconnu avoir connaissance des manipulations opérées par la Cour constitutionnelle. De la répression aveugle au score et taux de participation fantaisistes enregistrés dans le Haut-Ogooué en passant par l’annulation de 21 bureaux de vote dans le 2ème arrondissement de Libreville, le refus d’y ordonner la reprise des opérations électorales ou le traitement d’une spécieuse demande reconventionnelle, rien ne semble lui avoir échappé. Ayant pris part au Dialogue politique intensifié entre le gouvernement et l’Union européenne, elle cerne le contenu du Projet d’appui à la promotion et la protection des droits de l’homme au Gabon (PAPPDH). En clair, elle mesure les «problèmes de gouvernance (caractéristiques de) l’ensemble des secteurs.»

Refus de toute réforme de fond

Comme on peut lire dans le document de projet du PAPPDH, «les élections présidentielles de 2016 ont été émaillées de violences et de contestations». En conséquence, «la transparence dans le fonctionnement des institutions en charge des élections (…), le suivi des engagements pris par le Gabon (…) sont reconnus comme autant d’éléments devant conduire à une gouvernance de qualité.» En français facile, cela signifie, a minima : réformer le Centre gabonais des élections (CGE) dans le sens d’une plus grande indépendance, garantir la circulation de l’information relative à son travail, à celui du ministère de l’Intérieur et de la Cour constitutionnelle. Au-delà, cela signifie aussi respecter les objectifs énoncés par la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, notamment «la tenue régulière d’élections transparentes, libres et justes.»

Pressé de toutes parts depuis la dernière présidentielle, le gouvernement se contente de réformettes, comme on l’a vu lors du Dialogue national d’Angondjè. Ce refus de toute réforme de fond se traduit, en outre, par une propension à l’intimidation par l’étalage de la force, comme lors de la parade militaire du 17 août dernier. Or, jamais un régime assis sur des «baïonnettes» n’aura l’assentiment du peuple. Jamais, il ne parviendra à faire de grandes choses ou à impulser une logique de développement. A chaque élection truquée, la confiance s’effritera davantage, plongeant les institutions dans les abîmes du discrédit. Le recours à la force ? Il est source de défiance vis-à-vis de l’armée. Au lieu de commander des armes, le pouvoir gagnerait à donner suite aux propositions de réforme soumises à la communauté nationale. Il y va de son intérêt, de celui du Gabon et des Gabonais.
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