Société
La CNSS dans la tourmente : Une nation en péril
Publié le mardi 31 mai 2022 | Gabon Review

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Rencontre entre la ministre des Affaires sociales Prisca Nlend Koho et les responsables de la CNSS et de la CNAMGS Photo : Jean Pierre Boukika, le PCA de la CNAMGS |
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La Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) en cessation de paiements ? Une éventuelle mort du mécanisme de redistribution aurait des répercussions sur la qualité des liens sociaux et l’adhésion à l’idéal national.
Le processus de construction de la nation vient-il de connaitre un coup d’arrêt ? Est-il plutôt en péril ? Du fait de l’incapacité de l’Etat à garantir le maintien du mécanisme de redistribution, la nation gabonaise semble à la croisée des chemins. Si l’idée n’est pas encore morte, elle court le risque de devenir une chimère. C’est, en tout cas, le principal enseignement à tirer du risque de faillite de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Si des réformes structurelles ne sont pas mises en œuvre dans les meilleurs délais, le Gabon pourrait se retrouver dans l’incapacité d’assurer la couverture sociale des travailleurs et de leurs ayants droit. C’est dire si la cohésion, la paix sociale et la solidarité sont menacées. C’est surtout dire si la nation est en danger.
Compenser les inégalités
Inévitablement, la mort du mécanisme de redistribution aurait des répercussions sur la qualité des liens sociaux. Dans l’entendement des victimes, le sentiment d’appartenance à la communauté s’en trouverait écorné. Au-delà, leur adhésion à l’idéal national en sortirait ébranlée, réduite à néant. Certes, la nation repose d’abord sur la conjonction entre une population et un territoire. Certes, le territoire national reste et restera un et indivisible. Certes, la nation se fonde sur l’histoire et la culture. Mais, la cohésion d’une société dépend aussi de la solidarité collective. Or, celle-ci passe par le mécanisme de redistribution de la richesse nationale. Autrement dit, les prestations sociales jouent un rôle déterminant dans l’avènement de sociétés plus justes et plus harmonieuses.
On peut, certes, circonscrire le débat aux aspects techniques. On peut disserter sur les causes, entre autres l’inefficacité du mécanisme de recouvrement, la nature de certaines dépenses, le niveau des frais de fonctionnement ou les taux de cotisation. On peut aussi gloser sur d’éventuelles solutions, notamment le retour au paiement trimestriel des pensions, le recul de l’âge de départ à la retraite, le réduction des effectifs ou l’apurement de la dette de certaines entités publiques ou privées. Mais, on ne peut éluder la dimension sociétale. On ne peut faire comme si tout ceci n’avait pas d’incidence sur la société et, par voie de conséquence, sur le processus de construction d’un véritable Etat-nation. Après tout, la protection sociale est une traduction concrète de deux principes constitutifs de la justice sociale : l’égalité des droits et l’équité des situations. Censées compenser les inégalités apparues dans le fonctionnement de la société, les branches de la sécurité sociale permettent à l’ensemble des composantes de se développer sur tous les plans.
Éviter la faillite
Même en incluant les prestations au bénéfice des Gabonais économiquement faibles (Gef), la protection sociale ne saurait être assimilée à de l’assistanat. Elle ne peut non plus être tenue pour secondaire ou facultative. Dans une société caractérisée par un chômage élevé et en constante augmentation, elle peut contribuer à la réduction de la pauvreté. Face aux incertitudes de la conjoncture, elle peut permettre de faire face aux facteurs de vulnérabilités. En favorisant une meilleure intégration sociale, elle peut aider au renforcement du lien entre les citoyens et l’Etat. Dans la quête de cohésion sociale ou la mise en place d’une assise nécessaire à la stabilité politique, elle peut être d’un apport inestimable. De même, elle peut être un formidable catalyseur de croissance, d’inclusion sociale et de développement économique. On l’a vu à l’Ile Maurice, la protection sociale ayant facilité le passage d’une économie à monoculture à une économie diversifiée à forte croissance, avec une pauvreté en recul constant. On l’a aussi relevé au Bostwana, les pensions sociales ayant aidé à créer un climat apaisé et incitatif.
La CNSS en cessation de paiements ? Il faut absolument éviter la faillite. Quid du plan d’urgence ? Faut-il revoir les taux de cotisation à la hausse ? Faut-il rechercher de nouveaux cotisants, quitte à s’attaquer à l’économie populaire ? Faut-il autonomiser le mécanisme de recouvrement ? Faut-il lancer des avis à tiers détenteurs contre les débiteurs, au risque de les conduire à la faillite ? Faut-il dégraisser le mammouth, au risque de grossir les rangs des chômeurs ? Peu importent les options choisies, toute réforme structurelle devra tenir compte de certains éléments : la situation économique, la structure du marché du travail, les caractéristiques de la population, la dynamique de pauvreté et, le degré d’urbanisation. Pour ainsi dire, toute réflexion de fond devra s’inscrire dans un processus à la fois transparent, participatif et inclusif. Dans l’immédiat, il faut éviter ce naufrage tant annoncé.
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