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Gregory Ngbwa Mintsa… et le Gabon perd son «Intégrité»
Publié le vendredi 11 avril 2014   |  Gabon Review


Gregory
© Gabon Review par DR
Gregory Ngbwa Mintsa, lauréat du Prix de l’Intégrité de Transparency International 2010


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Il s’est fait tirer dessus, a été passé à tabac par des hooligans politiques, emprisonné à de nombreuses reprises et il n’a jamais abandonné son combat pour l’égalité des droits, la promotion des libertés démocratiques et la justice sociale. Mais, la vie, cette maladie dont personne ne peut se dérober, a fini par avoir raison de lui. Gregory Ngbwa Mintsa, Prix de l’Intégrité Transparency International et porte-parole du Front des indignés du Gabon, a tiré sa révérence le 10 avril à Libreville. Flashback sommaire sur une vie qui nécessiterait des pavés pour être restituée.

Gregory Ngbwa Mintsa, lauréat du Prix de l’Intégrité de Transparency International 2010, est décédé ce jeudi 10 avril à 4 heures au CHU d’Agondjé dans le nord de Libreville, d’un cancer du foie. Depuis près d’un mois, il était affaibli et luttait contre cet effroyable monstre qui squattait en lui. Il avait 56 ans.

Combattant de la liberté pur sang, Gregory Ngbwa Mintsa a été de tous les combats pour les libertés démocratiques et il n’a jamais baissé les bras, depuis les années de braise ayant suivi l’ouverture multipartite en 1990 jusqu’à ce qu’il ne prenne congé, en ce jour, de ses compagnons en l’humanité. A titre d’illustration, il était, le 12 février dernier, à la Chambre de Commerce de Libreville, avec le Cercle de réflexion patriotique et d’action (Cerpa) qui organisait une semaine commémorative du cinquantenaire des évènements de février 1964. L’initiative avait pour objectif d’honorer la mémoire de «tous les martyrs de la lutte pour la liberté, la justice sociale et l’instauration d’une démocratie véritable dans notre pays».

Diplômé de Linguistique, discipline dont il détenait un DEA (Diplôme d’études approfondies qui sanctionnait alors la première année des études doctorales), il était fonctionnaire du ministère de la Culture dont il est littéralement parti en 1996, du fait de ses déboires politiques. Homme de culture avant tout, Gregory Ngbwa Mintsa travaillera par après sur le projet Pro Culture de la Commission européenne, en 2001-2002. Il sera ensuite consultant freelance pour certaines ONG locales et internationales, correspondant pour l’agence de presse américaine Associated Press et pour un journal panafricain aujourd’hui disparu, L’Autre Afrique. Mais, sur le continent africain de la fin des années 80 et du début des années 90, Gregory était avant tout le formidable animateur du Hit Parade international d’Africa N°1 et le tonitruant animateur de la Sono Sauvage, une émission de world music avant l’heure. De grande culture, il aimait également le Jazz et a en présenté quelque temps une émission à la télévision nationale, tout comme il est également passé par Radio soleil et par Fréquence 3.

Pour l’opinion publique et la classe politique gabonaise cependant, Gregory Ngbwa Mintsa était d’abord ce simple citoyen qui, en 2008, aux côtés de Transparency International France, avait déposé une plainte qui dénonçait le détournement présumé de deniers publics au Gabon. Une action en justice qui concernait trois présidents africains, dont Omar Bongo, soupçonnés de voler des fonds publics à grande échelle. Justifiant cet engagement, le futur membre du Front des Indignés du Gabon dira plus tard que «c’est pour prêcher par l’exemple que je me suis associé à la procédure dite des biens mal acquis de Transparence France, sans m’exiler mais en prenant soin de rester en vie pour que les citoyens cessent d’avoir peur et qu’ils apprennent que c’est par eux-mêmes qu’ils doivent cesser de placer qui que ce soit au-dessus des lois». Une anecdote circulera alors en 2009, confirmée par l’intéressé, selon laquelle Gregory avait été amené devant le président Omar Bongo qui lui avait alors demandé, en substance, ce qu’il pouvait faire pour amener le trublion à retirer son nom de la plainte avec Transparency France. En réponse de quoi Ngbwa Mintsa avait lâché : «vendez ces fameux biens mal acquis et construisez des écoles». Ainsi était Gregory. Un peu avant, il avait été incarcéré 12 jours durant en raison de cet engagement, avant d’être relâché suite à une forte mobilisation internationale. Mais son salaire d’agent public avait été suspendu.

Le courage et la détermination de Ngbwa Mintsa lui avait également valu de payer de sa chair son engagement politique. En 1992, il est blessé, aux sortir du quartier Cocotiers à Libreville, par des balles plastiques tirées par les forces de l’ordre lors d’une marche du Morena Bûcheron pour exiger la transparence électorale. Quelques années plus tard, au soir d’une élection, le combattant pour la démocratie avait été hospitalisé après avoir été violement molesté par des partisans de Paul Mba Abessole, ainsi que l’avait expliqué Gregory. Il se trouvait que quelques temps plutôt, lorsque le RNB se scindait en deux formations politiques du fait de la mésentente de ses leaders, Ngbwa Mintsa avait choisi de suivre le Pr Pierre André Kombila, plutôt que Mba Abessole, de même ethnie que lui. Il confirmait ainsi ce qu’il a toujours été : un Gabonais détribalisé, un Gabonais qui roulait uniquement pour le pays et non pour des personnes, des groupes d’intérêt ou un groupe ethnique. C’est sans doute fort de cet état d’esprit qu’il sera plus tard un soutien remarqué de l’épouse de Jean Philippe Ntumpa Lebani, le général de la Garde républicaine incarcéré en 2009 pour tentative d’assassinat et tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

En 2010, Gregory Ngbwa Mintsa est le lauréat du Prix de l’Intégrité de Transparency International. L’organisation souligne alors son «courage» pour s’être joint à Transparency International France dans la «plainte contre les conditions d’acquisition d’un important patrimoine immobilier et mobilier en France par trois présidents africains.»

On en passe. On en oublie. Et le 8 juin 2012 avec 41 autres activistes du Front des indignés du Gabon, il est interpellé et conduit la base des Forces de Police d’Intervention (Fopi) pour avoir voulu organiser un contre forum, en marge du New York Africa Forum organisé par le franco-marocain Richard Attias, malgré l’interdiction du ministre de l’Intérieur. «Nous contestions la tenue du New-York Africa Forum. Parce que, estimons-nous, personne ne peut faire le Gabon à notre place, personne ne peut penser le Gabon à notre place, personne ne peut imaginer notre avenir à notre place et donc, nous sommes profondément choqués et humiliés de ce que nos propositions soient systématiquement rejetées et perçues comme de la subversion et qu’on aille chercher des Américains, des Indiens, des gens venus d’Alaska ou de Papouasie pour venir tracer le destin de notre Gabon ou, plus largement, de notre Afrique. C’est, à la base, une question de fierté nationale», avait expliqué Gregory Ngbwa Mintsa, porte-parole du Front des indignés du Gabon.

Il restait à Gregory Ngbwa Mintsa d’autres fronts, d’autres actions auxquelles il ne pourra plus participer. Avec son décès, le mouvement pour la démocratie et la justice sociale au Gabon perd l’un de ses plus vaillants protagonistes. Invité à dire un mot à l’annonce de sa disparition, Marc Ona Essangui qui était son compagnon au sein du Forum des indignés du Gabon, a déclaré : «c’était un ami, un frère. C’était un compagnon de tous les instants, et le travail qu’il a commencé, il nous le laisse. C’est un travail qui n’a pas de prix. Il s’est battu toute sa vie pour lutter contre les injustices au Gabon. C’était un altruiste hors pair. Et à chaque fois que nous allons avancer nous aurons une pensée pour lui. Lui qui nous laisse un héritage très lourd qu’il faut assumer. Il faut avoir son étoffe, son état d’esprit et surtout le sens de l’altruisme qu’il avait, lui qui, issu d’une famille assez aisée, a donné ce qu’il avait jusqu’à devenir pauvre et souffrant.»

Paraphrasant les Amérindiens, le Prix de l’Intégrité Transparence International 2009-2010 se plaisait à dire que «La terre ne nous appartient pas. Nous n’en sommes que de simples locataires permissifs». Avis aux dieux de ce monde. Avis aux bâtisseurs de désert, aux marchands de cauchemards.

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