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Tribune libre : «Comment sortir de la crise ?»
Publié le vendredi 9 septembre 2016  |  Gabon Review
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© AFP par Thomas SAMSON
Des ressortissants gabonais résidant en France réclament le départ d`Ali Bongo
Samedi 03 septembre 2016. Des ressortissants gabonais résidant en France ont manifesté leur opposition aux résultats du vote de mercredi dernier et réclamé la « reconnaissance de l`élection démocratique » de l`opposant Jean Ping.
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Toujours dans le combat, nous avons intérêt à sortir de cette crise… mais sortir par le bon bout et peut-être une bonne fois pour toutes. Ce sont ici quelques propositions du Club 90 dont je porte la voix, pour faciliter les discussions, les négociations et les médiations afin d’éviter de compter de nouveaux morts dans notre pays. Le niveau de crispation ressemble fort malheureusement à une guerre de tranchées. Il faut que s’élèvent des voix du milieu, de la lucidité et du rassemblement pour éviter à notre pays des troubles inutiles s’ils n’accouchent pas d’un véritable état de droit et d’une véritable démocratie. Ces propositions ont valeur de contribution et je leur souhaite un bon accueil auprès de mes compatriotes, indique à Gabonreview, pour présenter la tribune libre ci-après, Noël Bertrand Boundzanga, jeune enseignant-chercheur à l’Université Omar Bongo, souvent publié ici, et fondateur du «Club 90», une «majorité citoyenne» en opposition à la majorité présidentielle.

Au soir d’une défaite, les jours d’après ressemblent toujours à une hécatombe, comme si une bombe atomique avait tout dévasté. Le cœur du Gabonais est à ce point si meurtri que la tentation est grande de retomber dans le travers d’antan : « on va encore faire comment ? » Ce défaitisme légendaire, que les femmes du Réseau Femme Lève-toi ont symboliquement brûlé, a semé sa pagaille, le régime d’Ali Bongo a semé la sienne. Mais, fort heureusement, les Gabonais ont gagné et leur cœur est gonflé à bloc… Le Gabon ne sera plus jamais comme avant.

Dans l’esprit, le peuple gabonais est démocrate : il croit à la vérité des urnes. Le dernier scrutin l’a révélé à nouveau. Quand, en face du régime, il y a une alternative crédible, les Gabonais se pressent devant les bureaux de vote, même s’ils se doutent bien que leur vote ne triomphera pas. Car en face, un mécanisme mal huilé, puisqu’on le découvre toujours, griffonne les procès-verbaux jusqu’à les rendre illisibles ou, plutôt, le mécanisme les déborde. Et l’on crie à la fraude ! Et l’on crie au hold-up électoral ! Sans compter ceux qui trépassent, les victimes des munitions achetées par l’argent public. Et ceux qui meurent s’en vont dans l’éternité, tandis que ceux qui restent poursuivent la lutte, nourris d’une nouvelle énergie. La meilleure manière de célébrer nos morts, de leur donner une utilité, c’est de poursuivre la résistance. Dans ce sillon, la loi est une voie, mais pour l’évoquer sérieusement, il eut fallu l’existence effective d’un Etat de droit… Donc, les solutions envisagées doivent mettre inévitablement entre parenthèses quelque légalisme, au nom du bon sens et de l’évidence.

Vouloir l’alternance ne signifie pas devenir une chair à canons. Si dans le cœur du Gabonais, l’alternance est la promesse d’un avenir radieux, même menant des mouvements sociaux, il espère l’obtenir démocratiquement. Mais est-ce seulement possible si le régime contourne toujours le vote des Gabonais ?

A-t-on raison d’attendre la communauté internationale ?

La communauté internationale a usé d’un langage fort diplomatique pour dire que le scrutin présidentiel n’avait pas obéi à la simple règle de la transparence, demandant ou exigeant que le régime gabonais fasse le comptage des voix par bureau de vote. Dans un arsenal langagier pompant un juridisme sans esprit, les politiques, politistes, juristes et philosophes du système sillonnent les médias internationaux pour envoyer à la Cour constitutionnelle ce qui peut être réglé à la Cenap. Le problème du recomptage ne se pose pas par rapport au lieu, mais dans les conditions du recomptage en dépit du lieu. Les négociations avec des émissaires internationaux ont toujours été un théâtre d’ombre où seuls ses initiateurs maîtrisent les contorsions qui mènent au bout du tunnel. La finalité des négociations et des médiations internationales et africaines ont pour finalité de ramener un climat de paix au Gabon. Dans ce cas, les accords politiques peuvent prendre le pas sur les logiques de bon sens et du droit, au nom de la sagesse. Il faut, pour nous, distinguer deux objets à l’ordre du jour des discussions :

Le respect du vote des électeurs gabonais
En démocratie, chaque voix exprimée est une volonté qui s’exprime, et l’addition des volontés individuelles fait le suffrage universel. Il est donc capital que les négociations mettent au centre des discussions ce suffrage. Comment ? Les positions divergent certes, mais ce ne devrait pas être difficile. Il faut recompter les voix par bureau de vote pour l’ensemble du pays à défaut de recompter les zones querellées(1). Cela aura le mérite de donner une réponse authentique aux exigences des uns et des autres et de montrer aux populations votantes que ce sont eux qui ont la décision. Comment garantir la fiabilité et la transparence du recomptage ? Ce travail doit être fait par la communauté internationale, pas simplement en leur présence, mais par leur soin, sous la responsabilité de la présidente de la Cour constitutionnelle et en présence d’huissiers représentant le candidat du PDG, le candidat de la Coalition de l’Opposition et l’ensemble des autres candidats (2). La société civile devrait pouvoir être également présente, à condition qu’elle soit neutre (3). Après 2 jours, la Cour constitutionnelle proclame alors les résultats issus du recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote (4).

Les accords politiques
Les accords politiques donnent souvent lieu à des compromis, qui ne sont guère des consensus. En Afrique, la tradition veut qu’ils débouchent sur les gouvernements d’union nationale, une sorte de partage institutionnel du pouvoir où le peuple est souvent le grand perdant. La société civile ne souhaite point que la vérité des urnes soit mise de côté au motif que la paix serait menacée. La meilleure manière de garantir la paix est de faire allégeance au diktat des urnes. Cela ne signifie pas que nous faisons confiance au processus électoral, qu’il serait transparent et propre à garantir la sincérité du vote. Mais en l’état actuel des choses, faute de mieux, il est plus franc de tenir compte de ce processus et des résultats qu’il a produits.

Les accords politiques doivent porter sur la responsabilité des acteurs dans la crise postélectorale (5), le statut institutionnel de l’opposition et du président de la République sortant (6), l’organisation par la communauté internationale des législatives de 2016 (7), puisque la Cenap n’est pas capable d’organiser une élection transparente, l’interdiction formelle de couper les moyens de communication en temps électoral et leur rétablissement (8) – et nous n’en sommes pas sortis -, l’implication officielle de la société civile dans le processus électoral (9), la décentralisation administrative et politique (10), le rôle des Forces de Défense nationale et de la police nationale en période électorale et en dehors (11), la suppression de la Garde Républicaine, demeurée en réalité Garde Présidentielle (12), la libération de tous les prisonniers politiques(13).

Les accords politiques se font parallèlement au travail du recomptage des voix.

D’autres points méritent notre plus grande attention, et nécessitent donc des négociations :

Réconciliation nationale et réparation
La réconciliation nationale est un pan des Accords politiques, mais elle est mise en relief par nécessité morale. Elle traite notamment des blessés, des pertes en vies humaines, des emprisonnements, des victimes collatérales de la crise postélectorale. Il s’agit spécifiquement de commettre une Commission d’enquête pour identifier formellement ceux qui ont été victimes d’actes d’agression, de vandalisme, ceux qui sont morts, les édifices publics et privés détruits (14). Il importe d’engager un processus de dédommagement (15) à toutes les victimes et à toutes les familles ayant perdu un membre de leur famille. Notre démocratie est meurtrière et elle ne peut pas continuer à causer des crimes sans que l’Etat ou les coupables endossent leurs responsabilités. L’Etat doit payer, rendre compte (16) ; il en va ainsi de ceux qui sont les détenteurs du pouvoir d’Etat (17). La position ici n’est pas revancharde, mais sans la responsabilisation des acteurs et de l’institution publique, nous risquerons de toujours compter des morts et des dégâts matériels au cours des échéances électorales. Il est évident que le Gabon ne doit pas tomber dans une cascade de haine et de revanche. Les Gabonais doivent apprendre à se reparler, à se reconsidérer et à se respecter, d’où l’organisation d’un dialogue national avant les prochaines échéances électorales (18).

Du rôle de la société civile.
Il n’est pas interdit aux acteurs de la société civile de faire la politique, il n’est pas non plus blâmable que les frontières de la sphère politique et de la sphère société civile se confondent selon les contextes, comme c’est le cas au Gabon. Cependant, la société civile s’est politisée. Pour qu’elle revienne à son rôle fondamental parce qu’il est un partenaire des pouvoirs publics (19), un messager des opprimés qu’elle sensibilise (20), un organisateur de la démocratie quand elle débusque les tricheries publiques et lutte pour la plus grande transparence dans la gouvernance des affaires publiques (21), il faut remplir une condition : l’instauration de l’Etat de droit et d’une Démocratie véritable. Pour l’instant, la société civile est aussi une victime du système, ses acteurs étant considérés comme des ennemis du pouvoir. Ses acteurs méritent, comme les acteurs politiques, une protection institutionnelle (22). La commission d’enquête est présidée par la société civile, tout comme le dialogue national (23).

Ce n’est pas la communauté internationale qui nous conduira à la réconciliation et à la réparation de nos torts ; ce n’est pas elle non plus qui trouvera une protection aux acteurs politiques et de la société civile, c’est dans une discussion entre compatriotes que nous y parviendrons.

Avec le Club 90, je me suis engagé pour une alternance démocratique et sans bain de sang. A ce jour, nous comptons déjà trop de morts. Dans ce combat, d’autres compatriotes sont très engagés. Il faut les encourager et saluer leur courage. Mais il nous faut poursuivre le combat, rien n’est acquis. La phase des négociations qui s’ouvre pour sortir de la crise sociopolitique née du scrutin présidentiel du 27 août 2016 est un moment crucial pour notre pays, mais le peuple doit rester le principal gagnant. Vox populi vox dei ; sa voix se trouve dans les urnes, allons les chercher.

Noël B. Boundzanga

Universitaire/Président du Club 90
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